Le mot du directeur de projet
Le colloque " Christianisme, Esclavage, Liberté et Mémoire " se
tiendra du jeudi 10 au samedi 12 mai 2007 au palais des Congrès de l'Est Parisien à Montreuil.
Organisé par Agape France, ce colloque est né du désir d'encourager les
protestants évangéliques à contribuer au débat sur la problématique de la traite
et de l'esclavage des Noirs. Il s'inscrit dans le cadre de
la loi du 10 mai 2001 reconnaissant la traite et l'esclavage comme crime
contre l'humanité. Dans ce contexte, notre manifestation se veut être un
outil de dialogue constructif au service des Eglises pour jeter un pont non
seulement entre celles-ci et les pouvoirs publics mais également nos contemporains.
Beaucoup de Français ignorent que l’Europe et singulièrement la France, pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, ont mis en place la traite des Noirs et l’esclavage qui a duré près de trois siècles. Ils méconnaissent aussi que la France, après avoir aboli une première fois l’esclavage en 1794, l’a rétabli sous Napoléon Bonaparte en 1802 pour ne l’abolir définitivement qu’en 1848. Savons-nous que Colbert, ministre du roi soleil, a promulgué en 1685, le Code Noir ? Il a donné une assise juridique à un trafic monstrueux et inhumain.
Article 38. — L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour où son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort.
Article 44. — Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d'aînesse, n'être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire.
Par cette initiative, nous souhaitons prendre part au débat actuel sur cette page de l'histoire contemporaine parmi les plus complexes et les plus polémiques. Le colloque " Christianisme, Esclavage, Liberté et Mémoire " établira les conséquences psychosociologiques que l'esclavage a pu engendrer et montrera la nécessité du droit à l'histoire. Le souvenir ancestral de l'esclavage - mémoire blessée ou identité souffrance - constitue une composante majeure de l'identité antillaise, réunionnaise, guyanaise et africaine.
Ce colloque dédié à un large public, cherche à mieux faire connaître la traite et l'esclavage des Noirs ainsi que la condition de vie de ces derniers aux Antilles françaises. Malgré la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité par le Parlement français en mai 2001, il n'en demeure pas moins que l'esclavage reste à bien des égards un sujet tabou voire méconnu pour beaucoup d'Africains, d'Antillais et surtout de Métropolitains.
L'objectif de notre colloque est de porter un double regard : à la fois sur l'histoire douloureuse de l'esclavage et de ses abolitions, ainsi que sur l'actualité des Droits de l'Homme et l'avenir des sociétés post-esclavagistes, le tout dans la perspective de l’impérieuse nécessité du vivre ensemble au-delà de nos différences. Mais bien au-delà, il vise à éclairer davantage la relation énigmatique que la chrétienté - par la trahison du christianisme, religion de liberté et de l'amour du prochain - a entretenue avec la traite négrière et l'esclavage dans les Amériques.
Nous sommes d’autant interpellés que nous savons que le message évangélique est un message subversif. Le grand théologien anglican John Stott nous dit que les justifications de l’esclavage nous font rougir de honte de nos jours et que « le mal inhérent à l’esclavage, comme au racisme en principe, est qu’il détruit ou nie la dignité d’hommes créés à l’image de Dieu ».
Alors que nous parlons de plus en plus de l'Eglise au coeur de la ville
ou de la cité, des questions s'imposent à elle :
- quelle peut être son apport au cœur du débat social et politique sur
le devoir de mémoire ou le droit à l'histoire ?
- Quelles réponses spécifiques peut-elle apporter aux conséquences de l'esclavage ?
Il convient de rappeler que les protestants ont été les premiers à se dresser contre la traite et l'esclavage des Noirs. On peut citer ici quelques noms illustres : le Quaker Antoine Benezet, William Wilberforce, Thomas Clarkson, Guillaume de Félice qui au nom de leur foi en Dieu ont profondément influencé la société européenne et américaine.
L’historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de la question des traites négrières montre que contrairement à ce que l’on dit, l’esclavage n’a pas été aboli, parce qu’il serait devenu moins rentable à cause de la révolution industrielle. Il affirme : « l'abolition est due au grand réveil religieux : sous l'impulsion des pasteurs, des centaines de milliers d'Anglais signent des pétitions contre l'esclavage ». Ce sont d’abord des croyants, et souvent de conviction évangélique, qui ont milité en faveur de l’abolition de l’esclavage, en Angleterre, qui était la première puissance économique au XIXe siècle. En France, on cite la grande figure de Victor Schœlcher, le républicain, sans oublier que beaucoup de croyants se sont aussi engagés. Benjamin Sigismond Frossard et Guillaume de Félice, deux pasteurs protestants, ont effectué, à l’époque, un travail de fond qui a amené finalement Victor Schoelcher à procéder à l’abolition, en 1848. Mais malheureusement il semble qu’on a oublié leur nom et leur combat.
La complexité de notre problématique nécessite une approche interdisciplinaire. C’est pourquoi nous avons fait le choix de l’aborder à travers plusieurs thématiques relevant de l’histoire, la philosophie, la théologie, la sociologie, et la littérature.
Des conférenciers tels que Philippe Chanson, Jacob Labeth, Jean-François Zorn, Jacques Buchhold, Franck Bourgeois, Fabrice Desplan, Olivier Abel, Daniel Maximin, Gaston Kelman viendront nous enseigner à l’occasion d’une dizaine de conférences proposées ; le photographe André Letzel nous montrera son art au travers d’une troublante exposition ; un concert Gospel, à but humanitaire, animé par une cinquantaine de choristes venus spécialement de Belgique pour l’occasion.
Le colloque " Christianisme, Esclavage, Liberté et Mémoire " harmonise arts et réflexions, discours et langages symboliques au rythme du Négro-spiritual, du Gospel américain et caribéen. Autrement dit, un bouquet composé des grands langages humains de communication pour exprimer cet événement culturel extraordinaire.
| Jean-Claude Girondin Docteur en sociologie et directeur du projet |
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